Chers frères et sœurs,
Par grâce de Dieu nous sommes arrivés aujourd’hui au deuxième dimanche du Saint et Grand Carême. Nous entendions à l’instant l’Evangile de la guérison du paralytique, paralytique porté par quatre hommes de foi à la rencontre de notre Seigneur Jésus Christ.
Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique :
Il n’est pas dit « voyant sa foi », c’est-à-dire la foi du paralytique », mais il est dit « voyant leur foi », c’est-à-dire voyant également la foi des quatre hommes le portant. Le paralytique est ainsi porté, non seulement par les bras de ces quatre frères dans la foi, mais aussi et surtout par leur foi. C’est, si je peux le dire ainsi, la portée ecclésiale, communautaire, de ce récit. L’un et l’autre, nous sommes co-responsables du salut de nos frères et sœurs. Et ceci aussi bien dans une approche négative que dans un approche positive.
Tout à abord, nous avons une responsabilité dans les péchés de nos prochains. Combien de fois ne sommes-nous pas, par notre attitude, par notre négligence, par nos paroles, par notre absence de compassion et de miséricorde, par nos jugements aveugles, par notre manque de discernement, responsable d’une mauvaise pensée, d’une mauvaise action, d’une mauvaise parole de nos frères et sœurs ? Quand, en tant que chrétien, nous nous comportons de mauvaise manière, nous risquons d’éloigner d’autres de la foi. Nous devons porter attention à cela !
Ensuite, positivement, notre foi, notre prière, notre disposition, peut, par grâce, être source de salut pour nos frères et sœurs. Dans un sens direct, visible, comme exemple, comme action concrète ; mais aussi et surtout dans un sens indirect, invisible, par l’invocation de la miséricorde divine. Les saints de Dieu peuvent, par grâce de Dieu, par leurs prières, amener ceux qui acceptent d’être portés par eux, à la rencontre du Fils de Dieu. Et par le baptême, comme vous le savez, nous sommes tous saints en devenir. Notre prière sincère et commune, si infirmes qu’elles soient, est également entendu par le Seigneur, comme le Christ l’a souligné, et peut donc aussi œuvrer les autres.
Ainsi, en lisant ce péricope d’Evangile en période de Carême, l’Eglise nous rappelle l’aspect ecclésial, communautaire de l’ascèse et la prière. C’est au sein de l’Eglise que nous menons et devons mener notre combat spirituel.
Mon enfant, tes péchés te sont remis !
Les quelques scribes présents, s’ils n’ont pas pu recevoir et reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu, dû à la disposition de leur cœur, ont néanmoins bien compris la portée de l’expression de Jésus: « Mon enfant, tes péchés te sont remis ! ». Dieu seul peut remettre les péchés.
Pour nous, ceci doit attirer notre attention sur deux choses.
Premièrement, si Dieu seul peut remettre les péchés, cela signifie que les péchés ne sont pas quelque chose d’anodin, de négligeable. Au contraire. Adam et Eve, à la suite de leur désobéissance, ont immédiatement pris conscience de cette gravité, de l’effet destructeur du péché : ils se sont, à l’instant-même de leur désobéissance, rendu compte de leur nudité, de la perte de la grâce. Car le péché, c’est cela, c’est une rupture avec notre Créateur ; quand nous péchons nous nous éloignons de sa présence, de sa grâce. Pour notre part, nous n’avons malheureusement trop souvent pas en esprit cette réalité.
Deuxièmement, par cette phrase, Jésus Christ se révèle être Fils de Dieu. Pour les scribes cette affirmation était inconcevable. En ce qui nous concerne, nous confessons Jésus Christ Fils de Dieu. Mais vivons-nous selon cette affirmation ? Pouvons-nous dire, à la suite de Saint Paul, que « ce n’est plus moi qui en vit en moi, mais que c’est le Christ qui vit en moi »?
Ainsi, en lisant ce péricope d’Evangile en cette période du Grand Carême, l’Eglise interroge notre foi en Jésus Christ. Elle nous invite à aiguiser le regard de notre foi. Elle nous invite à chercher le Christ avec le même courage et la même détermination que ce paralytique et ses amis.
Il dit au paralytique : « Je te le dis : lève-toi, prends ton grabat et rentre chez toi ! »
Jésus Christ relie la guérison de l’âme, par le pardon des péchés, à la guérison du corps. Dieu fait don de la participation à son être divin à ceux qui le cherchent sincèrement, par le don de ses énergies divines, et ceci en respectant l’intégrité et l’intégralité de l’homme, corps, âme et esprit. Et c’est donc l’homme en sa plénitude qui doit chercher à rencontrer le Dieu vivant. Pour citer Saint Grégoire Palamas : « Il faut offrir à Dieu la partie passionnée de l’âme, vivante et agissante, afin qu’elle soit un sacrifice vivant ; l’Apôtre l’a même dit pour le corps : « Je vous exhorte, dit-il en effet, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Comment, poursuit Saint Grégoire, notre corps vivant peut-il être offert comme un sacrifice agréable à Dieu ? Lorsque nos yeux ont le regard doux,… lorsqu’ils nous attirent et nous transmettent la miséricorde d’en haut, lorsque nos oreilles sont attentives aux enseignements divins, non pas seulement pour les entendre, mais, comme le dit David, « pour se souvenir des commandements de Dieu, afin de les accomplir, … lorsque notre langue, nos mains et nos pieds sont au service de la volonté divine. Cette pratique des commandements de Dieu ne constitue-t-elle pas une activité commune de l’âme et du corps ? » Fin de citation.
Et donc, en lisant ce péricope d’Evangile en cette période du Grand Carême, l’Eglise nous rappelle également que c’est l’homme entier qui est l’objet de l’œuvre salutaire du Fils, et que c’est donc l’homme entier qui est invité à s’offrir en sacrifice agréable à Dieu.
Amen
