Archiprêtre Dr. Georgios Lekkas

Avec la Chute, l’homme a perdu le Paradis et a besoin de la repentance pour y retourner. La Chute a été le résultat de la collaboration de l’homme avec le Diable, tandis que la repentance est le résultat de la collaboration de l’homme avec Dieu. La prédication des prophètes, la prédication du Seigneur Jésus-Christ, mais aussi la prédication de l’Église, depuis la Pentecôte jusqu’à la fin des temps, est et restera une prédication qui nous appelle tous à la repentance. La repentance est le moyen exclusif du rétablissement ontologique de l’homme, c’est-à-dire du rétablissement, par le Saint-Esprit, des liens d’amour qui unissent l’homme d’une part au Dieu-Amour et d’autre part à l’œuvre de Dieu qu’est la Création. C’est pourquoi la repentance est un mystère tout aussi grand que la création de l’homme.

Selon la Sainte Tradition de l’Église, la repentance suppose au moins trois éléments : (i) la lutte contre les mauvaises pensées, (ii) notre non-résistance à l’Humilité de la Croix et (iii) notre abandon total entre les mains du Dieu-Amour afin qu’Il nous transforme ontologiquement.

(i) Par chaque mauvaise pensée que notre cœur accepte, nous nous séparons de Dieu et de notre unité avec tous les hommes dans le Saint-Esprit, reproduisant ainsi la chute des premiers hommes. Le péché s’accomplit d’abord et avant tout dans notre cœur, chaque fois que nous acceptons de mauvaises pensées ; à l’inverse, notre salut dépend de la lutte que nous menons contre elles.  Sainte Marie l’Égyptienne, par exemple, que l’on honore tout particulièrement pendant la période du Grand Carême, a vécu de nombreuses années en Égypte en cédant aux mauvaises pensées qui la tourmentaient, ce qui l’éloignait chaque jour davantage de Dieu et des hommes. Ces mêmes pensées l’ont tourmentée pendant dix-sept ans en plein désert, mais cette fois-ci, aidée par notre Sainte Mère la Vierge Marie, elle a résisté fermement à l’assaut des pensées impures jusqu’au moment où la Grâce divine, voyant sa patience et son combat, la libéra complètement de celles-ci. La Grâce des parfaits est différente de celle de ceux qui luttent contre les pensées perverses. Souvent, cependant, selon le témoignage de saint Silouane l’Athonite et de nombreux autres saints, ceux qui luttent contre les pensées mauvaises goûtent, pendant un temps limité, même à la grande Grâce des parfaits, afin d’être fortifiés dans leur combat spirituel. 

(ii) À l’approche de la Passion du Seigneur, l’Église nous rappelle la raison pour laquelle le Dieu-Homme Jésus a été condamné à mort : parce que la grande majorité de ses contemporains, et pas seulement eux, ne pouvait accepter Son humilité divine. Depuis lors, chaque fois que nous nous plaçons au-dessus de nos frères pour les juger et les condamner, nous nous opposons à la Divine Humilité et nous répétons l’acte criminel de ceux qui L’ont crucifié. Nous nous séparons ainsi de l’amour humble du Dieu tout-puissant qui s’est fait homme pour rétablir le lien d’amour divin dans notre relation avec Lui, mais aussi entre nous.

(iii) Dieu court, tel un « amoureux fou », à la poursuite de l’homme pour le sauver. Quiconque commence à connaître l’amour humble du Dieu tout-puissant, qui le recherche jusque dans son enfer, devient « poussière » devant un tel Dieu ; il comprend, en effet, qu’il est totalement mort sans Lui et commence à vouloir s’abandonner entièrement à Lui. Il veut devenir lui aussi le reflet de l’Amour divin, comme ce fut le cas pour la sainte Marie l’Égyptienne et pour des millions de saints connus et inconnus. Il aspire à toujours plus de repentance afin que rien de sombre en lui ne puisse plus le séparer de la Source de Lumière, ni de personne d’autre. ll s’abandonne alors avec un esprit de sacrifice à la Lumière divine afin de devenir, lui aussi, lumière issue de la Lumière et de contribuer ainsi, par son existence, à la diffusion de la Lumière divine. Les Saints sont des maillons lumineux de la chaîne de la Lumière divine et prient sans cesse devant Sa Source Céleste afin que personne ne se perde.

Cinquième dimanche du Grand Carême, 29.3.2026.