Archiprêtre Dr. Georgios Lekkas
La parabole du Fils Prodigue nous parle de deux fils qui, bien qu’ils vivaient près de leur père, aucun d’eux ne reconnaissait l’amour paternel. L’aîné vivait comme un salarié près de son père et le cadet comme un esclave qui, à un moment donné, s’est rebellé contre son père, comme il l’aurait fait si son père avait été un patron autoritaire.
Le fils aîné craignait son père parce qu’il ignorait son amour. Même s’il ne s’était jamais éloigné de lui, il vivait à ses côtés comme un étranger, car son esprit était aveugle et son cœur totalement fermé à l’amour paternel. Le fils aîné avait créé une image fictive de son père, qui le transformait en un employé insatisfait et son père en une sorte d’employeur impitoyable. Comme il craignait son père, il ne lui demandait jamais rien et, comme il le jugeait tellement à tort, il en venait à penser qu’il ne méritait pas d’avoir un tel père.
Le jeune fils était lui aussi injuste envers son père. Il le considérait comme une sorte de tyran qui l’opprimait, au point de lui demander ce à quoi il aurait eu droit si son père était déjà décédé, afin de pouvoir partir loin. Il eut l’occasion de se repentir lorsqu’il vit son père, accablé, lui remettre sans broncher la moitié de ses biens pour qu’il parte vers une destination inconnue, mais il ne le fit pas. Il fallut atteindre l’extrême pauvreté pour qu’il puisse se repentir.
Le fils prodigue s’est repenti non pas lorsqu’il a compris son erreur, celle d’avoir dépensé sans réfléchir toute sa fortune, le contraignant désormais à manger en cachette la nourriture des porcs pour survivre. Le fils prodigue s’est repenti lorsqu’il a commencé à réaliser à quel point il avait trahi l’amour de son père, c’est-à-dire lorsqu’il a pris conscience qu’il n’était pas digne d’être le fils d’un tel père.
Le Christ est le Dieu-Amour qui s’est fait homme pour nous donner l’Esprit d’Amour qui repose en Lui. L’homme, qui dans le Saint-Esprit connaîtra par expérience la Communion du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, sera un jour appelé à identifier, là encore par expérience, la Personne de Dieu le Père avec la Source de l’Amour divin. L’homme a été créé pour vivre en tant que fils « du Père qui est aux cieux », mais pour être digne de cette destinée divine, il doit rester uni au Fils dans le Saint-Esprit en tant que membre lumineux de l’Église.
L’adoption par le Père, en tant que destination finale de l’homme, ne s’impose à sa conscience que lorsqu’il progresse spirituellement. La Divine Providence fait en sorte que ce qui est le plus important pour notre évolution spirituelle nous soit révélé en dernier. Nous pouvons réciter d’innombrables fois le « Notre Père », mais la prise de conscience profonde, jusqu’aux larmes, de notre indignité face à l’amour infini de Dieu le Père présuppose le début de notre unité avec le Dieu-Homme Jésus qui nous aime dans le Saint-Esprit d’un amour tout aussi paternel que notre Père céleste.
Nous ne savons pas si le fils aîné s’est repenti d’avoir trahi l’amour paternel et de s’être mis dans la position d’un employé mal payé face à un patron impitoyable, mais nous savons que le fils prodigue a retrouvé son rang de fils lorsqu’il a pleuré amèrement son indignité devant un tel père. De même, tout homme qui prendra conscience de son indignité devant l’amour paternel infini et qui, dans un élan de repentance, le glorifiera de tout son cœur, est rétabli dans le rang des enfants de Dieu et des héritiers des trésors indicibles du Royaume du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Dimanche du Fils prodigue, 8 février 2026.
