Par p. Laurent, 17 mai 2026.
« Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, cet homme ou ses parents ? » Jésus Christ répond en deux temps à cette question. D’abord en paroles, par une réponse quelque peu énigmatique. « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » La souffrance, la maladie, ne sont pas l’œuvre de Dieu, elles ne sont pas une punition, mais l’œuvre de celui qui divise et résultat du fait que l’homme s’est séparé de son Créateur. Si les portes du Paradis ont été fermées, si la mort est entrée dans le monde, ce n’est pas parce que Dieu a cherché à punir l’homme, mais c’est par soin d’empêcher le mal à devenir éternel. La vocation de l’homme, par contre, est restée inchangée : devenir fils et fille de Dieu par adoption, devenir immortel par grâce. De l’exclusion d’Adam et Eve du Paradis jusqu’à la fin de temps, Dieu, Père et Fils et Saint-Esprit, opère dans le monde pour amener l’homme à connaitre son Créateur. Manifester les œuvres de Dieu le Père, c’est en premier lieu manifester Son Fils, qui est la seule voie vers le Père. Celui qui me connait, connait le Père. Et encore Personne ne va vers le Père sans passer par moi. La cécité de cet homme né aveugle est expression de l’état de l’humanité séparée de Dieu, et a donc pour but de manifester le Fils, non seulement aux témoins oculaires, mais également, par la transmission de l’Evangile à travers les siècles, aux témoins postérieurs, que nous sommes également. Ainsi, par le Fils, Dieu fait connaître à l’homme la voie de retour vers le Royaume.
Jésus Christ poursuit ensuite sa réponse en accomplissement une œuvre, œuvre qui ne limite pas au simple fait du miracle. Jésus Christ prend un peu de terre et un peu de salive, et, ayant façonné ainsi de la boue, il en enduit les yeux de cet homme aveugle de naissance. C’est un geste simple. Un peu de terre, un peu de salive. Par l’amour qui unit le Christ à son Père, et par l’amour qui l’unit à l’homme, ce peu de terre et de salive deviennent ensemble un baume vivifiant, baume qui ouvre les yeux de cet homme aveugle. L’état naturel, l’état originel, est ainsi : toute la Création, étant rapportée et unie à Dieu, rayonne de grâce.
Ses yeux sont ouverts, mais l’homme ne voit pas encore. La glaise étalée sur les yeux est non seulement un baume réparateur, mais elle est une référence symbolique au voile qui sépare l’homme de Dieu, ce voile qui s’est formé, et qui est maintenu, sous inspiration du malin, par le fait que l’homme use de la Création et de sa vie en cherchant à satisfaire non la volonté de son Créateur, mais sa volonté propre. Jésus Christ l’invite à aller se laver à la piscine de Siloé. Aller se laver a une double signification. Il convient d’une part de prendre conscience de notre état, de notre cécité spirituelle, de se réaliser qu’un voile nous empêche de connaître Dieu. Et d’autre part, il y a dans le geste qui donne suite à l’injonction du Seigneur, la démarche de l’homme qui souhaite unir sa volonté à la volonté de Dieu. Que ta volonté soit faite, et non, que ma volonté soit faite. En allant se laver à la piscine de Siloé, l’homme aveugle active en quelque sorte la guérison opérée par Jésus Christ, et voilà qu’il voit pour la première fois, non seulement la lumière du soleil, mais également la lumière du vrai Soleil, le Seigneur Jésus Christ.
Ailleurs, dans l’Evangile, Jésus Christ a dit qu’il suffit d’avoir la foi pour faire de plus grandes choses encore. C’est la vocation de l’Eglise. Nous trouvons dans la guérison de l’aveugle-né le fondement des saints mystères. Les mystères de l’Eglise ont la même finalité : manifester les œuvres de Dieu, restaurer l’homme et l’inviter à joindre sa volonté propre à la volonté de Dieu, et ceci afin que lui-aussi puisse contempler le Soleil de justice.
Amen
