Chers frères et sœurs,

Si notre foi se limite, et s’exprime, à la seule supplication face aux difficultés et défis de la vie, elle peut être, par grâce de Dieu, source de guérison. Mais nous comprenons, par l’Evangile de ce jour, que la guérison accordée n’est ainsi pas nécessairement salutaire.

Si notre foi n’est pas également doxologique, elle reste, ou risque de rester, centrée sur notre propre personne, sans s’ouvrir à Dieu, sans s’ouvrir à notre prochain. Notre appel à Dieu peut s’apparenter alors, toute proportion gardée, à une visite chez le médecin, à une consultation thérapeutique parmi d’autres. Le mouvement d’amour est, dans ces conditions, unidirectionnel, de Dieu vers l’homme. Notre relation à Dieu garde alors, pour seul objet, notre « moi ».

La guérison « physique », qui est accordée par le Seigneur aux dix lépreux, est donc à comprendre comme une invitation, comme une invitation à se retourner vers le Seigneur.

Pour être salutaire, notre foi doit ainsi également devenir, et être, doxologique, si balbutiante, si insuffisante, que notre louange personnelle adressée à Dieu puisse être par rapport à la bonté divine. L’homme doit faire ce mouvement vers Dieu, et non pas se limiter à la seule supplication. L’homme doit prendre le temps, et y mettre du sien, pour aller vers Dieu, et rendre grâce.

N’est-il pas ainsi dans nos relations humaines ? N’est-il pas ainsi au sein du mariage ? L’époux couronne l’épouse ; et l’épouse couronne l’époux. Saint Paul nous dit qu’il en va de même au sein de la relation entre Dieu et l’Eglise, et par conséquent entre Dieu et chaque membre de l’Eglise.  Et il en est ainsi dans la relation d’amour entre des parents et leurs enfants, et ainsi de suite.

La Divine Liturgie a, parmi d’autres, cette importante composante doxologique. Ce qui est à Toi , – oui, tout vient de Dieu -, nous te l’offrons, – nous l’offrons en retour à Dieu -, en tout et pour tous. Il est là un des grands mystères de la Création ! L’homme, créé par Dieu, pour partager la gloire divine, a reçu en partage la Création, pour la rendre en retour à Dieu, comme acte d’amour. Et le temps, faisant part de la Création, est une de belles choses que nous pouvons rendre en retour à Dieu. Car, quand nous offrons du temps à Dieu, nous montrons que, oui véritablement, nous avons foi en Lui ; que, oui, nous croyons que ce temps consacré à la recherche de Royaume, nous sera rendu dans l’abondance.

Il fait donc bien le fidèle qui, inlassablement, semaine après semaine, prend le chemin de sa paroisse, en imitant ainsi le dixième lépreux, qui reprend le chemin de retour vers Jésus. Ce mouvement, qui est également physique, – je me réveille à temps, je prends ma voiture, le train, le bus, le vélo -, est donc non sans importance. Nous devons porter un grand soin à cette démarche, car l’Evangile de ce jour nous le montre, elle est porteuse de Salut.

Amen