Archiprêtre Dr Georgios Lekkas
Le Seigneur envoya ses disciples traverser le lac de Génésareth, tandis que Lui-même se retira sur la montagne pour prier dans la solitude. Comme Dieu, Il savait que le vent leur était contraire et que leur barque luttait dangereusement contre la violence des flots. Pourtant, Il ne vint à leur secours qu’à la quatrième veille de la nuit. Ce détail rappelle sa venue à Béthanie quatre jours après la mort de Lazare, lorsqu’Il le rappela à la vie.
La récurrence du nombre quatre dans les Évangiles n’a pas échappé aux Pères de l’Église. Saint Irénée de Lyon fut le premier à en souligner la portée, puis saint Augustin d’Hippone développa à son tour cette interprétation. Si le nombre trois est, par excellence, le symbole de la Très Sainte Trinité, le nombre quatre en est venu à représenter, dans la tradition patristique, la création tout entière : les quatre points cardinaux, la Croix du Seigneur étendue aux quatre directions du monde. Plus profondément encore, le nombre quatre semble évoquer, dans les Quatre Évangiles, la création parvenue à l’heure où elle est enfin prête à accueillir la Résurrection du Christ et, avec elle, le Salut.
Jésus se désigne le plus souvent Lui-même comme le Fils de l’Homme. Et pourtant, Il agit de telle manière qu’Il soit librement reconnu par l’homme, dans l’Esprit Saint, comme le Fils de Dieu. Comme le disait si justement saint Païssios l’Athonite, le Christ nous éduque avec une véritable magnanimité, voulant honorer l’homme pour tout le bien qu’Il accomplit Lui-même en lui comme Dieu-Homme.
La tempête, au milieu du lac, mit à l’épreuve la foi des disciples — tout comme, plus tard, la mort de Lazare mettrait à l’épreuve celle de ses deux sœurs — mais elle ne put la vaincre. Du haut de la montagne, le Seigneur voyait de loin leur combat pour Lui demeurer fidèles jusque dans l’épreuve. Il vint alors à eux au moment même où il le fallait, afin d’affermir leur foi et de les conduire à L’adorer comme le Dieu-Homme.
Le cas le plus remarquable est celui de Pierre. Dans ce récit évangélique, il représente tous les disciples, tout en les dépassant par la force de sa foi. Pierre ne perdit pas la foi dans le Christ au cœur de la tempête. Lorsque, comme les autres disciples, il vit le Seigneur marcher sur les eaux, un véritable «paroxysme de foi» s’empara de lui. Seul parmi eux, il demanda au Seigneur la permission de marcher, lui aussi, sur les flots déchaînés, afin de s’assurer qu’il s’agissait bien de Lui. Et le Seigneur, voyant la grandeur de sa foi, accéda aussitôt à sa demande et l’appela à venir jusqu’à Lui.
Pierre ne perdit sa foi ni dans la barque battue par les vagues, ni lorsqu’il se mit lui-même à marcher sur les eaux. Dans l’un et l’autre cas, sa foi fléchit, mais elle ne fut pas vaincue par l’épreuve. Sur les eaux, Pierre eut une foi vacillante, sans pourtant perdre la foi, car, au moment décisif de cette faiblesse, il se tourna de nouveau vers le Seigneur avec foi, afin d’être sauvé. Sauvé non seulement des flots déchaînés, mais aussi de sa propre faiblesse dans la foi.
Le Seigneur, qui vit la foi de Pierre jusque dans cette faiblesse, le sauva, comme Il sauve chacun de nous chaque fois que, même au cœur de notre faiblesse dans la foi, nous nous tournons vers Lui avec confiance. Il nous sauve pour faire grandir notre foi et nous conduire, comme Il le fit pour ses premiers disciples, à L’adorer comme notre Seigneur et notre Dieu, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
IXe dimanche de Matthieu – 2 août 2026
