Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, après la grande doxologie des matines, nous avons accompli un rite particulier et certainement étonnant pour ceux qui y ont participé pour la première fois. La croix, habituellement posée sur l’autel, a été mise sur un plateau et entourée de basilic ; le prêtre, tenant ce plateau au-dessus de la tête, est sorti du sanctuaire ; précédé d’encens et des lumières. La croix a été sorti du sanctuaire par la porte nord de l’iconostase, et non par les portes saintes. Car la voie de la croix est la voie par l’abaissement, elle est la voie de l’humilité, la voie du Christ. La procession, ayant franchi l’iconostase, s’est arrêtée devant les portes saintes. Après le « Sagesse », car elle est sagesse de Dieu, « Tenons-nous droit » le prêtre a repris les gestes de 335, rapportés par la Sainte Tradition, où la vraie Croix fut montrée par saint Macaire de Jérusalem à la foule, la foule clamant à genoux et spontanément et à répétition « Kyrie eleison, etc. ». Pendant la bénédiction avec la Croix des quatre coins cardinaux, le prêtre a mené la Croix d’en haut jusqu’au toucher du sol, pour ensuite l’élever à nouveau vers le ciel.

Il y a dans ce geste une icône de la kénose divine, l’image du Christ, Fils de Dieu, descendu des Cieux, qui s’est fait homme, que s’est abaissé à notre humanité jusque dans la mort sur la Croix, pour ensuite, par sa Résurrection et son Ascension, avec son corps ressuscité, élever notre humanité jusque dans le Royaume céleste. La Croix qui touche le sol représente la mort, mort qui est, à la suite du Christ et en Christ, plus qu’un passage, une Paque, vers la vie véritable.

Il y a dans ce geste ainsi une icône de l’amour et de la bonté que Dieu nous porte. Il vient nous chercher « en bas » pour nous élever avec lui, tel Adam et Eve sur l’icône de la Résurrection.

Il y a dans ce geste aussi une icône de la voie qui a été tracée pour nous : celle de l’humilité par la croix, humilité qui nous abaisse au yeux de ce monde, mais qui nous élève, par grâce de Dieu, à la rencontre de Dieu et le partage du Royaume. Il faut d’abord descendre, car ce qui nous tient en haut dans cette vie passagère, c’est-à-dire notre volonté nourrie par l’égoïsme, l’orgueil, l’amour propre, nous empêche de nous joindre au Christ.

A chacun est donnée sa  voie et sa croix particulière, selon ses dispositions personnelles. Il convient, en premier lieu, de rendre grâce à Dieu pour cela, et pour tout. Comme le Christ nous l’a montré tout au long de son ministère, et en particulier à l’approche de Sa passion, où Il a rendu longuement grâce à Dieu son Père et notre Père. Nous devons rendre grâce, toujours plus, pour atteindre la disposition du cœur qui nous permettra de dire à Dieu, au plus profond de nous-même, « non pas que ma volonté, mais que Ta volonté soit faite».

Amen